Environnement - Environnement

Magazine 64 - N°66

Christian Paille-Barrère

Technicien de l'environnement

Une  journée avec

L'agent du Conseil général 64 a développé, dans les Hautes-Pyrénées, un procédé unique pour séparer les déchets ménagers enfouis dans les sédiments rocheux. Une prouesse technique.

Au volant du 4x4 qui file ce matin-là vers les Hautes-Pyrénées, Christian Paille-Barrère raconte sa nuit à la caserne de Pau. La soirée a été calme. Pas de feux, d'accidents de la route, de vies à sauver. " J'ai pu dormir ", sourit-il. Agent du Conseil général le jour, il est aussi pompier volontaire la nuit. Il donne une dizaine de jours de disponibilité par mois au centre d'incendie et de secours (CIS) de Pau.

Aujourd'hui, il visite le chantier d'enlèvement de la décharge intercantonale de Beaucens. Les élus bigourdans ont fait appel à ses services pour éviter l'accident écologique. Il faut voir ça : sur un hectare, des déchets accumulés pendant 15 ans par une population de 10 000 habitants. Jusqu'à quatre mètres de profondeur, au bord du gave. Lors des intempéries de juin 2013, la furie des eaux a mis à nu des tonnes de plastiques, de ferrailles, graviers et sédiments. Le tout agrégé dans un inextricable pudding qui menace d'être emporté par la rivière et de la polluer jusqu'à l'océan. Sans solution ? " En 2012, nous avions mené des essais concluants en Béarn avec un scalpeur-cribleur ", raconte le technicien de l'environnement, rattaché au pôle déchets du Conseil général. L'engin se compose d'un râteau mécanique qui effectue un premier tri des matériaux selon leur taille. Ensuite, un crible aéraulique procèdera à une séparation en fonction du poids des déchets. Le technicien a ainsi conçu tout une chaîne qui permet d'affiner la séparation des corps : soufflerie pour les plastiques, aimantation pour les métaux. " Le procédé est d'abord basé sur la granulométrie qui permet ensuite de travailler sur la densité. On allège et on optimise jusqu'à obtenir un produit ultime le plus léger possible afin de réduire ensuite les coûts d'enfouissement ", résume Christian Paille-Barrère dans le vacarme des machines. D'un côté, les galets et cailloux, après une finition du tri à la main, sont rendus au milieu naturel. Ils servent à réaménager le lit du gave qui a été détourné pour les travaux. De l'autre, les éléments polluants sont envoyés dans des centres de traitement en fonction de leur nature : liquides, bois, métaux, matériel médical...

On estime à environ 60 000 m3 le volume total de déchets traités à Beaucens. Autant dire une montagne passée au peigne fin. La méthode fait ses preuves et ne demande plus qu'à s'exporter. " Dans ce domaine, le service public est aujourd'hui en avance sur les entreprises privées. Nous voulons initier une nouvelle culture de réaménagement des décharges sauvages ", projette Christian Paille-Barrère. Les sites à réhabiliter, malheureusement, ne manquent pas.

En bref

1969 : Naissance à Pau.

1987 : Guide saisonnier à Manhattan pour une agence de voyage.

1991 : Diplôme universitaire de technologie (DUT), option Hygiène et sécurité, à Bordeaux.

1992 : Année en école supérieur de commerce à l'Ifsac de Pau.

1993 : Devient pompier volontaire au CIS de Pau.

1994 : Technicien au service de l'eau des Laboratoires départementaux, à Lagor.

2000 :  Intègre le pôle espaces naturels sensibles et déchets de la direction de l'environnement du Conseil général.

Une coopération inter-départementale

Le chantier de réaménagement de l'ancienne décharge intercantonale de Beaucens est un bel exemple de coopération entre les départements des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-Atlantiques. Le Sirtom d'Argelès, gestionnaire du site, en assure la maîtrise d'ouvrage. Pour cette dernière, il a sollicité l'expertise technique de Christian Paille-Barrère, aux côtés du bureau d'études géotechniques Fondasol. L'entreprise de Mourenx Loca 64 fournit les machines et les moyens humains nécessaires au tri mécanique des déchets. Débuté en septembre, le chantier, d'un montant de 2 millions d'euros environ, devait se terminer en décembre.

Des décharges dans le viseur

Elles sont inscrites à l'encre rouge dans l'agenda du pôle déchets du Conseil général. Une poignée de décharges sauvages sera traitée prioritairement dans les mois à venir. Chacune présente des caractéristiques particulières. " Nous allons devoir écrire un cahier des charges spécifique en fonction des matériaux à traiter ", explique Christian Paille-Barrère. Tous ces sites sont situés en bordure d'un cours d'eau et présentent des risques d'emportement.

Tout commence à la maison

Le Conseil général assure l'élaboration du plan départemental de prévention et de gestion des déchets non-dangereux, issus des ménages et du BTP. Il oriente et coordonne l'ensemble des actions menées par les pouvoirs publics, les collectivités et les organismes privés. Vingt-sept collectivités en charge de la collecte des déchets ménagers sont aujourd'hui liées par contrat avec le département. L'un des objectifs principaux est de réduire le volume de déchets en favorisant le recyclage. Près de 250 000 tonnes d'ordures ménagères, soit près de 400 kg par habitant, sont produites chaque année dans les Pyrénées-Atlantiques. D'où l'importance du tri sélectif à la source, c'est-à-dire au domicile de chacun.

Bouton Haut de page